Aider une amie dans la dépression.
Il s’agit d’une question fréquente posée à chaque conférence. Voici quelques pistes à cette question difficile et qui bien sûr chaque fois correspond à une situation précise, unique et personnelle.

1/ la personne est-elle bien en dépression?

Aller mal ou se plaindre ne signifie pas forcément “dépression”. Seul un médecin est à même d’établir le diagnostic de dépression.
Le fait que la personne se “déclare dépressive” ou que ses proches et amis l’estiment “dépressive” est parfois loin de la réalité. Et donc de l’approche thérapeutique. Même si on ne peut nier que la personne ne se porte pas bien.

2/ SOS

Une des grandes caractéristiques de la dépression dans sa phase profond( l’étape du fond du fond dans la courbe de la dépression ) est la demande de SOS. Je ne connais aucune personne au stade de la dépression qui ne demande pas d’aide. A un proche ( je ne suis pas bien, peux tu m’aider?), à un médecin de famille ( je souffre de plaintes physiques, aidez- moi) ; à un psychothérapeute ( je n’en sors plus, aidez moi, je deviens fou, je ne sais plus que faire! aidez moi….) .
C’est ce SOS qui fait la différence. Car à ce stade, la personne vit une telle souffrance physique et morale et demande (presque toujours ) de l’aide car elle supporte plus la situation. Je suis donc toujours étonné lorsque je rencontre une personne ou lorsqu’on me parle d’une personne en «dépression «» et qui n’a jamais rien fait ( pas vu de médecin , ni de
psychothérapeute, pas de médicaments car elle ne veut pas toucher à ces drogues,) et qui apparemment rien fait ( ou si peu) pour changer quelque chose .
Il est fort probable que cette personne n’est pas (encore ) en dépression car il n’ y a pas ce SOS . Peut-être n’est elle pas bien mais au sens médical , elle n’est pas encore en «dépression».
Les seules personnes qui dans la phase maximale et qui ne demandent pas de SOS sont celles qui dans mon livre passent (malheureusement ) par la phase suicide éclair ;
Et donc même si elle ne le sait pas encore ; elle ne fera plus marche arrière ( ce serait retourner dans ses problèmes), mais devra aller vers l’avant grâce à une seule et unique
solution :lâcher quelque chose grâce à la psychothérapie , associée ou non aux antidépresseurs suivant la gravité de ses plaintes physiques.

3 Le déni

Paradoxalement auparavant ; il n’est pas facile d’aider quelqu’un que vous estimez être en dépression.
Soit parce qu’elle comme dans ma courbe, au stade de déni. Elle sait que quelque chose ne va pas dans sa vie, mais elle fera tout pour ne pas régler le problème. Soit même si elle est déjà un peu en souffrance, parce qu’elle y trouve encore un avantage ( physique, social, familial, financier, amoureux, sentimental, ou sexuel..)La balance entre sa souffrance et ses
plaintes et les”avantages’ penchent encore vers les bénefices secondaires .
A ce stade malheureusement pour les proches et malgré leur bonne volonté, il est difficile d’intervenir car la personne ne veut rien entendre. Non qu’elle y soit insensible, mais elle n’est pas encore prête à lâcher.
Mais il viendra toujours un moment où un facteur déclenchant -aussi minime soit-il – apparaîtra et provoquera la chute de la personne et donc l’entrée en fond du fond. Et donc le début du traitement.

4 /En résumé,

Si vous estimez qu’un de vos proches vit une situation difficile, vous pouvez lui faire ‘une offre de service” ( je suis là si tu désires parler, je peux t’accompagner chez un professionnel si tu le désires). Si il n’y pas de réponses, il est inutile de faire le forcing car vous risquez d’être éjecté par la personne ( je ne t ai rien demandé, laisse moi tranquille ) et donc de rompre le lien de l’amitié.
Ne tombez pas dans la culpabilité si vous voyez la personne s’enfoncer ou ne pas en sortir, c’est parfois pour elle le passage obligé pour résoudre son problème. Soyez présent auprès de la personne sans jugement ( ne pas dire ;moi à ta place, je ferai …) car vous n’êtes pas à sa place et ne connaissez pas tout de son problème même si vous êtes de grands amis. Inutile de l’embêter à lui donner des conseils
( prends l’air, fais du sport, écoutes de la musique, viens dimanche manger à la maison….) car à nouveau vous risquez d’être éjecté. La personne sait très bien que le soleil est plus gai que la pluie mais pour l’instant ne voit aucun avantageà y consacrer de l’intérêt.
Objectivez avec un professionnel si la personne est en dépression. Mais si elle est en déni ( si elle refuse d’être examinée, ou de parler ) vous ne pourrez pas faire grand chose qu’être là pour elle sans jugement. Et le moment opportun, cela sera votre présence et votre aide qui feront la différence. Votre amie mesurera combien elle a la chance de vous avoir.

En esperant vous avoir aidé.