femme derrière une vitre, la main devant son visage

Comment stopper la prise des antidépresseurs ?

Avant tout, il est utile de rappeler que les antidépresseurs ne guérissent pas la dépression mais en améliorent les souffrances physiques et psychiques qui accompagnent cette maladie. Les antidépresseurs agissent donc uniquement sur les plaintes physiques du patient.  C’est en soi déjà extraordinaire, tant ces dernières sont importantes au début de la pathologie. Ce sont d’ailleurs ces plaintes physiques et psychiques qui conduisent le patient à demander une consultation, jouant ainsi le rôle de système d’alarme. Les voir diminuer et disparaître est déjà un mieux dans l’évolution de la maladie.

Par contre, jamais un antidépresseur ne modifiera la manière de voir les choses, la façon de penser. Seules, la psychothérapie et son projet associé de changement permettront d’avancer dans la dépression et d’en sortir !

Il est bon de rappeler qu’il n’y qu’une seule manière pour un patient de sortir de son état dépressif :  lâcher quelque chose . En effet, seuls ces changements de mentalité et d’envisager les choses permettront de stopper les antidépresseurs, non pas parce que patient va mieux mais parce qu’il va bien. Et parce qu’il y a un début et une fin à la prise des antidépresseurs.

Les médicaments sont des molécules chimiques qui doivent être supprimées – avec l’accord du médecin- de manière lente et progressive durant de nombreuses semaines.
Tous les patients ressentiront toujours lors de cette phase de suppression une sensation de mal-être, une impression de retomber dans la dépression comme au départ. Il est utile de prévenir le patient qu’il a déjà fait un énorme travail de thérapie et donc que si on envisage de mettre fin aux médicaments, c’est qu’il a déjà évolué dans sa manière de « lâcher  quelque chose ».  Cette impression de tomber risque de rappeler des mauvais souvenirs au patient. Il faut bien lui dire qu’il s’agit d’un manque chimique du médicament et que cela n’a strictement rien à voir avec une rechute dans la dépression.

Cette sensation est directement proportionnelle à la rapidité de l’arrêt car certains patients – un peu trop sûrs d’eux – décident  de manière unilatérale de stopper la prise de médicaments. Ce qui est évidemment la seule chose à ne pas faire.

Cette sensation sera aussi directement proportionnelle au temps de prise -parfois de longs mois voire années- des antidépresseurs. J’aime comparer la mise en sevrage des antidépresseurs avec le moment où l’avion commence sa longue descente vers l’aéroport d’arrivée.

Le vol s’est bien passé et n’a posé aucun problème. L’hôtesse annonce la fin du vol, de remonter les tablettes et de resserrer les ceintures. Dans les premières minutes, on ne ressent rien du tout et c’est à peine si on se rend compte que la descente est amorcée. Pourtant, il y aura toujours un moment,  où les oreilles feront mal,  avec une sensation désagréable de pression ressentie sur le corps. Pour un peu, on demanderait bien au pilote de remonter à haute altitude, là où on ne souffrait aucunement.

Cela n’est évidemment pas possible et nous devrons accepter ce malaise de la descente. Chaque personne vit évidemment cette descente de manière différente mais vu le silence  souvent  omniprésent dans l’avion dans les dernières minutes, il est fort probable que tous  les passagers le ressentent mais l’expriment de différentes façons.

Le patient dans la diminution des médicaments ressentira aussi ce manque et pourra croire qu’il retombe en dépression, tant les signes sont parfois similaires. II faut donc  le prévenir de cette sensation désagréable et lui dire qu’il ne pourra pas y échapper si elle survient. Lui expliquer avec la comparaison de l’arrivée de l’avion. Quelles que soient la compétence du pilote ou la qualité de l’appareil, on ressentira toujours quelque chose, qui ne disparaitra qu’avec la pose de l’avion sur le tarmac. Et ce forcément d’autant plus que le vol  était un long courrier, se déplaçant de longues heures à très haute altitude. Le sevrage du patient se terminera toujours après quelques jours de patience. De la même manière que tous les jours, des centaines d’avions atterrissent sans difficulté !