Courbe

 

Je vous propose en quelques phrases de découvrir les différentes étapes de la courbe de la dépression.

1/ La Sinusoïde de la vie

La vie avec ses hauts et ses bas, ses bonnes et mauvaises périodes. Si un problème apparaît de manière fréquente et répétitive dans votre vie, vous aurez trois manières de le régler :

– soit vous le réglez de suite. Bravo, vous n’entrez pas dans la courbe de la dépression !

-soit vous adoptez des mesurettes, des petits changements qui n’entrainent  pas une véritable résolution du problème. Rien n’est donc parfait et bonjour le coup de blues et la déprime. Mais vous restez quelque part dans cette première phase de la sinusoïde.

– soit vous ne réglez rien du tout, n’exprimez rien ou si peu. Et vous entrez de manière discrète et presque inconsciente dans phase suivante: celle du déni. Sans vous en rendre compte; vous entrez dans le mécanisme de la dépression.

2/ Le Déni

Cela consiste à nier le problème. Savoir que quelque chose ne fonctionne pas dans la vie et paradoxalement ne rien faire pour régler le problème. Et surtout ne pas en parler ! Le déni peut durer des mois et des années, parfois même toute une vie. Le déni est épuisant car cela demande beaucoup d’énergie de ne pas tomber dans la dépression, mais aussi de ne pas aborder ce problème. Ni avec les autres et surtout pas avec soi même.

3 / Le Facteur déclenchant

Il apparaîtra toujours à un moment ou l’autre. Il s’agit d’un fait mineur (dispute, accident, maladie, problème relationnel….) qui sera la goutte de trop pour la personne qui était dans la phase de déni. Paradoxalement, c’est le facteur déclenchant qui fera tomber en dépression. C’est d’ailleurs ce qui conduit le patient à consulter, et ce dont il parlera au début de la psychothérapie. Mais le facteur déclenchant est totalement différent du véritable moteur de la dépression.

4/ La Chute

Elle est inévitable, s’étale sur quelques jours ou quelques semaines contrairement au déni qui dure plus longtemps. Qu’on soit grand ou petit, fort ou faible, intellectuel ou manuel, riche ou moins riche, ne change pas grand chose car c’est un épisode identique pour tous. On tombe dans les escaliers de la même manière. Enfin la chute est bruyante car elle s’accompagne des premiers signes de la dépression. Le corps humain est bien fait et commence déjà à exprimer sa souffrance. En quelque sorte, le bruit après le silence du déni.

5 / Le Fond du Fond

Là, commence la véritable dépression et personne ne peut y échapper après la chute. Cette étape présente trois caractéristiques.

-SOS/

Dans le fond du fond, toute personne demande de l’aide ou manifeste sa peine par les plaintes physiques inhérentes à la dépression. Personne ne reste au bord de la route lorsqu’il a besoin d’aide. Toute personne qui tombe en dépression fait appel de différentes manières : famille ; médecin de famille, psychothérapeute ……

-Enfin on vous entend !

Les signes de souffrance de la dépression sont présents pour annoncer aux autres et à soi-même que le problème est là et bien là et que paradoxalement les choses ne seront plus jamais comme avant. « Enfin, on vous entend ! Enfin, vous manifestez votre souffrance ! Il y a si longtemps que vous souffrez » ai-je l’habitude de dire aux personnes lorsqu’elles se présentent dans le fond du fond. Enfin vous manifestez votre souffrance après cette longue période du déni et de son silence

-Vous ne supportez plus votre problème !

Se retrouver dans le fond du fond signifie qu’on ne supporte plus le problème. On ne souhaite plus retourner dans cette période de problèmes qui même si elle avait de “bons côtés”, est quand même celle qui a conduit à la chute (alcool, drogue, mensonge de couple, infidélité, attitude répétitive dans la vie…). Il est impossible d’échapper aux tourments du fond du fond et on ne fera pas l’économie de la souffrance. Impossible de revenir en arrière et reconnaitre que vous ne supportez l’attiude qui vous a conduit à chuter dans le fond du fond. Donc soit vous y restez ou soit vous avancez. Mais reculer n’est pas possible.

Il s’agit d’une période idéale pour commencer la prise d’antidépresseurs si les plaintes physiques sont trop importantes. Ne plus vouloir retourner en arrière va de pair avec le choix d’une nouvelle attitude pour sortir de cette dépression. Mais jamais, un antidépresseur ne guérira une dépression. Il en soulagera les symptômes ; ce qui est déjà extraordinaire tant les souffrances morales et physiques sont importantes et omniprésentes dans cette phase. Ce médicament jouera le rôle de la couverture qu’on donne à quelqu’un qui claque des dents de froid. Le réchauffer, lui laisser le temps de se remettre avant de se poser la question de comment éviter ce refroidissement. Mais toutes les dépressions ne doivent pas forcément nécessiter la prise de médicaments. Par contre la « bonne parole « n’est pas toujours suffisante quand les plaintes inhérentes à la dépression sont graves ( insomnie rebelle, agressivité, perte de plaisir complète, confiance en soi réduite à zéro, prise ou perte de poids, aucune en vie de travailler ….).

6/ La Remontée

Un seul et unique principe pour sortir de la dépression: lâcher quelque chose, abandonner un mode de vie ou de pensée  et ce parfois pour la première fois de son existence (apprendre à dire non, stopper alcool, drogue, infidélité…).

Il est nécessaire de prendre la bonne décision avant de remonter et parfois d’abandonner quelque chose qu’on aime depuis toujours. Faire le choix de rester dans le fond du fond avec des lingots d’or chéris dans les poches ou les jeter pour être plus léger pour remonter. Cruel dilemme !

Aller mieux ne veut pas dire aller bien. Mieux, c’est voir les plaintes physiques de la dépression disparaître. C’est déjà positif et agréable mais cela résulte de l’effet chimique des antidépresseurs. Aller bien, c’est adopter une nouvelle attitude, un mode de pensée et de vie qui persisteront même lorsqu’on sera sorti de la dépression ou lorsque les médicaments auront été retirés. C’est d’ailleurs dans la remontée que s’applique le véritable travail de la psychothérapie.

7/ Le Premier Plateau

Une victoire en soi, le retour à la vie sociale, familiale et parfois professionnelle. Signifie qu’on a lâché quelque chose, c’est à dire avoir appris à dire non à soi et aux autres, pas pour le plaisir de le dire mais parce qu’on sentait qu’on devait le faire. Preuve qu’on a travaillé sur la confiance en soi.

Une victoire quand on mesure le long travail effectué -parfois durant de nombreux mois- depuis le fond du fond.

À la question régulièrement posée de l’arrêt des antidépresseurs, une seule réponse semble s’imposer: « Qu’avez-vous changé? » Si la réponse parle de la disparition des plaintes physiques, cela est probablement dû uniquement aux médicaments et il reste encore beaucoup de travail de psychothérapie. Vous allez mieux mais pas forcément bien!

Si la réponse parle d’avoir appris à dire non, de ne plus culpabiliser pour prendre du plaisir personnel, d’avoir éliminé les relations parasites, d’avoir suffisamment de confiance en soi pour accepter d’être jugé ou d’être le mauvais quand on exprime son opinion. Alors vous allez bien et vous pourrez diminuer les médicaments selon un protocole dégressif.

8/ Le Second Plateau

Ne constitue pas un but et tous n’y arrivent pas. Certains patients ont été obligés de passer par cette dépression en suivant le schéma complet de la courbe avec toute son amertume et ses affres pour arriver à vivre et à être parfois ce qu’ils ressentaient déjà au fond d’eux-mêmes lorsqu’ils étaient en déni.

Ils auront du vivre les difficultés physiques et morales de la pathologie pour annoncer -grâce à leur dépression et à son bruit – leur futur changement. Eux seuls savaient dans la phase de déni ce qu’ils devaient régler. Et il n‘est pas rare de vivre au second plateau des changements radicaux de lieux de vie, de famille, de divorce, de travail, de conception et de rapports à la vie. Même si cela fût difficile, ces patients et eux seuls comprennent maintenant ce que signifient les mots « dépression positive”