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Culpabilité dans la dépression

En tant que psychothérapeute, on me demande souvent comment le patient dépressif réagit à l’annonce du diagnostic de dépression lors  du premier entretien.

Il est vrai que le patient à qui on annonce le diagnostic de dépression sévère (mais soyons objectifs, cette révélation est rarement une surprise à 100% pour lui) ressent rapidement un mouvement de honte, de peur du rejet. Si ces deux impressions existent, elles ne sont pas pour autant uniquement dirigées vers l’extérieur, vers les autres mais également et parfois principalement vers le patient lui-même.
En dehors de situations dramatiques, (décès, accident, perte) qui sont des événements pouvant conduire à un état dépressif aigu et réactionnel, les autres dépressions suivent souvent une courbe-somme toute assez logique- qui peut régulièrement expliquer la chute du patient dans le fond du fond de la dépression ( cf la dépression positive).

Cette courbe passe régulièrement par une phase de déni (nous savons que quelque ne fonctionne pas dans notre vie, mais nous ne sommes pas prêts à régler le problème et ne faisons d’ailleurs rien ou si peu pour le résoudre).

Dès lors, pour avoir écouté des dizaines de patients dans la phase maximale du fond du fond, je peux vous dire que la véritable «honte « vient aussi de la culpabilité de ne pas avoir pu éviter cette chute. Ce manque de force, d’aptitudes à prendre les choses en mains, mieux parfois d’avoir fait ce qu’il fallait pour laisser pourrir une situation entraîne une sensation de honte, de mal-être, de malaise que les patients à l’apogée de leur souffrance vont résumer par des phrases du style :

«je savais bien que je devais arrêter telle liaison, telle habitude …»

« je croyais pouvoir être plus fort et pouvoir stopper ….»

  • je ne le disais pas mais je savais bien que telle personne était néfaste pour moi……

Evidemment, les choses ne sont pas toujours aussi carrées et souvent, dans un premier temps, la honte sera ressentie par le patient en fonction du regard des autres :

  • Que va-t-on penser de moi ?
  • Je n’ai jamais été absent en dix ans au bureau ?
  • Comment mes enfants vont-ils se comporter face à une mère qui ne pense qu’à dormir ?

Mais dans un second temps, cette sensation de malaise vis-à-vis des autres sera très vite supplantée par la culpabilité de n’avoir pu réagir.

Une partie importante de notre travail de thérapeute consiste à faire comprendre au patient que toute dépression comprend souvent une phase de déni ; que  les hommes et les femmes ne sont pas toujours égaux face à leur capacité de réagir et de mettre fin à ce déni.

Le patient doit être tolérant pour lui-même et pour cette faiblesse que tous les gens dépressifs connaissent. D’ailleurs, si ils avaient réglé leur déni, ils n’auraient probablement jamais connu la dépression. Mais on n’est pas un» type bien ou pas bien», suivant qu’on ait réagi rapidement ou pas à cette situation de déni. Cela n’a strictement rien à voir !  Une dépression sévère est un moment important dans la vie d’une personne. Elle remettra beaucoup de comportements en jeu, et souvent aura appris au patient que nul n’est tout à fait grand ; et que nous avons souvent tous nos propres accommodements avec la vérité. Soyons modeste et surtout ne jugeons pas la personne dépressive. Car jamais, nous ne pouvons savoir comment nous aurions réagi à sa place !

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